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"With Hasan in Gaza" de Kamal Aljafari, un documentaire pour résister à l'effacement de la mémoire

Kamal Aljafari
Kamal Aljafari Tous droits réservés  LocarnoFilmFestival
Tous droits réservés LocarnoFilmFestival
Par Γιώργος Μητρόπουλος
Publié le
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Le documentaire primé du réalisateur palestinien sur Gaza a été projeté lors du 14e festival du film innovant d'Athènes. Il est nommé dans deux catégories aux 38e European Film Awards.

With Hasan in Gaza, du cinéaste et plasticien palestinien Kamal Aljafari fait surgir du passé des images de la bande de Gaza. Son film d'archives, tourné en 2001, montre de nombreuses scènes de vie dans l'enclave palestinienne. Aujourd'hui le territoire est un champ de ruines, après des mois de destructions de l'armée israélienne, représailles aux attaques du Hamas du 7 octobre 2023.

Né en 1972 à Ramla, en Israël, le réalisateur, formé à l’Ecole supérieure des arts et médias de Cologne (Allemagne), se rend en 2001 à Gaza à la recherche d'un ami, ancien prisonnier des prisons israéliennes depuis 1989, avec lequel il avait perdu le contact. Avec Hassan, un guide local, il part du nord de l'enclave, en direction du sud, traversant des villes, des rues et des paysages, à la rencontre des habitants, sur les marchés ou au bord de la mer.

Au fil de son voyage, il filme les moments de la vie quotidienne des Palestiniens vivant dans la région et leurs conversations, sans avoir à l'époque l'intention de faire un film. Il ne réussira alors pas à retrouver son ami.

Il retourne alors à Cologne, sans visionner les images qu'il avait filmé. Tout ce qu'il a tourné en 2001 était contenu dans trois cassettes, que le réalisateur a découvertes par hasard en juillet dernier, après en avoir oublié l'existence.

Καμάλ Αλτζάφαρι

Il décide alors de réaliser le documentaire With Hasan in Gaza. Comme il le dit lui-même : "C'est mon premier film que je n'ai pas fait". Le film transforme ces vieilles images en une exploration poétique de la mémoire, de la perte et du temps, offrant un témoignage précieux d'une époque révolue.

Lors de la 14ème édition de l'Athens Avant-Garde Film Festival, Euronews a rencontré le réalisateur palestinien. Il raconte ici la genèse de son film hors-normes, et du sens qu'on pris ces images au fil des années.

"La découverte de ces trois cassettes était presque comme un signe de vie, contre l'extinction. Quand j'ai commencé à les regarder, j'ai été très ému par tout ce que j'ai vu, parce que les images qui ont été tournées à l'époque, en 2001, pour retrouver un ami, deviennent maintenant un film sur la recherche de toutes ces personnes qui apparaissent dans les images, tous ces visages et tous ces lieux qui, en fait, n'existent plus aujourd'hui", explique le réalisateur.

Καμάλ Αλτζάφαρι

"C'est pourquoi je ne pouvais rien retirer des images que j'avais tournées à l'époque. J'ai donc décidé de tout garder tel qu'il a été enregistré. Je pense que le film joue un rôle essentiel dans la préservation de la mémoire et de la vie qui n'existe plus. Gaza a été complètement détruite et de nombreuses personnes ont été tuées."

"Ce matériel a donc une signification particulière, au-delà de l'ordinaire, car tout ce que vous voyez en tant que spectateur vous amène à réfléchir et à vous demander ce qui est arrivé à ces personnes que vous voyez dans le film, ce qui est arrivé à cet endroit. Dans ce cas, le film a vraiment un lien très fort avec la mémoire, la préservation de la mémoire et le maintien en vie de l'endroit et des personnes qui y apparaissent, en dépit de ce qui s'y passe."

Καμάλ Αλτζάφαρι

"Je dois admettre que j'ai peur de demander ce qui est arrivé à ces personnes que nous voyons dans le film. Je veux qu'ils soient vivants. Je veux qu'ils continuent d'exister pour toujours. Ainsi, à travers ces images de la vie à Gaza, même si elle était occupée, je montre que les gens étaient vivants, qu'ils existaient. Montrer ce qu'il en était à l'époque, sans rien montrer de la situation actuelle, est un acte de résistance contre l'effacement de la mémoire, contre l'occupation".

Ce road movie émouvant offre un aperçu non filtré de la vie réelle à Gaza en 2001 et des énormes difficultés rencontrées par ses habitants pendant la deuxième Intifada, au milieu des bombardements israéliens et de la violence des colons.

Καμάλ Αλτζάφαρι

"Ce qui est vraiment très révélateur dans ces images tournées en 2001, il y a 24 ans, c'est la situation de la population. Gaza était déjà à l'époque une prison ouverte, où les gens n'avaient aucune liberté de mouvement et vivaient sous occupation. Et vous pouvez voir que les racines de la violence, qui s'est en fait aggravée au fil des ans et, bien sûr, au cours des deux dernières années, se trouvent dans la situation des gens qui vivent sous occupation et ne sont pas libres. Je pense que lorsque j'ai fait ce voyage, j'ai été très ému par tout ce que j'ai vu là-bas, car je ne vis pas à Gaza, je n'y suis jamais allé auparavant et je n'y retournerai jamais."

"Ce voyage m'a donc aidé à comprendre la situation, même en tant que Palestinien. Vous avez pu voir que la vie des gens là-bas n'est pas vraiment une vie normale. Et cette phrase revient sans cesse dans le film, de la part de personnes qui vous disent que ce n'est pas une vie. Imaginez que cela se produisait déjà il y a 24 ans, et qu'aujourd'hui nous sommes confrontés à une catastrophe totale. La guerre actuelle a détruit toute possibilité de vie dans cette région, car il n'y a plus d'écoles, plus de maisons pour les gens, plus d'hôpitaux. Tout ce qui s'est passé là-bas a poussé les gens à partir. C'était le but de la récente guerre à Gaza".

Καμάλ Αλτζάφαρι

"Il est très difficile de parler d'espoir dans la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui parce qu'il n'y a pas de véritable pression internationale sur Israël pour qu'il permette à la population de Gaza de reconstruire sa vie, qui est vraiment brisée dans tous les sens du terme, mais aussi pour qu'il offre au peuple de Palestine et à la population de Gaza une perspective d'autodétermination, ce qui leur permettrait d'avoir leur propre pays. C'est le seul espoir."

"Malgré tous les crimes contre l'humanité commis à l'encontre de la population de Gaza, les gouvernements n'en tirent aucune conséquence au niveau politique. Il y a beaucoup de solidarité entre les gens partout où je voyage, partout où je vais pour montrer ce film, mais je pense que cela n'a pas, n'a pas eu, n'a pas conduit à un changement, en fait, au niveau des gouvernements."

Καμάλ Αλτζάφαρι

Kamal Aljafari partage son temps entre Berlin et Paris. Il a réalisé au total 12 courts et longs métrages documentaires.With Hassan in Gaza a remporté le prix spécial du jury lors de la 14ème édition de l'Athens Avant-Garde Film Festival.

Le film a également reçu le prix du label Europa Cinemas au festival du film de Locarno, où il a été présenté en première mondiale en août. Le documentaire est par ailleurs nommé dans les catégories "Meilleur documentaire européen" et "Meilleur film européen de l'année" lors de la 38e édition des European Film Awards, qui sera présentée le 17 janvier à Berlin.

With Hasan in Gaza, documentaire palestinien, allemand, français, qatari de Kamal Aljafari (1 h 46).

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