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Péter Márki-Zay : "le Fidesz a piraté la démocratie hongroise"

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Par Gábor Tanács
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Péter Márki-Zay
Péter Márki-Zay   -   Tous droits réservés  euronews

À la grande surprise de tous, un maire sans étiquette d'une petite ville a été choisi pour défier Viktor Orban lors des élections législatives de 2022 en Hongrie. Lors d’une élection primaire inédite, Péter Márki-Zay s'est imposé face à des candidats tels que le maire de Budapest et le vice-président du Parlement européen.

Ce père de sept enfants, qui se définit comme un homme de droite, conservateur et catholique pratiquant, s'est imposé comme le candidat d'une très large alliance de partis, composée de partis de droite, de gauche, de libéraux et de verts. Nous nous entretenons avec Péter Márki-Zay, maire de Hódmezővásárhely et candidat commun de l'opposition hongroise au poste de Premier ministre.

"Nous voulons un pays où la corruption n’est pas organisée, mais combattue"
Péter Márki-Zay
Nouveau leader de l'opposition hongroise

Gábor Tanacs, Euronews :

"Quelle est la signification du ruban bleu que vous et vos supporters portez ?"

Péter Márki-Zay, candidat de l'opposition hongroise :

"C'est le ruban bleu de la responsabilité et de la lutte contre la corruption. Nous pensons que le principal problème en Hongrie, c’est que depuis 30 ans nous sommes devenus un pays où règne l’impunité. Lors d'une élection, la vraie question est souvent de savoir qui va voler et combien. Nous devons maintenant avoir une élection après laquelle personne ne volera. La corruption doit être abolie, et nous voulons un pays où la corruption n’est pas organisée, mais combattue".

Gábor Tanacs, Euronews :

"Cela peut-il se faire dans les limites de l'État de droit, avec une majorité simple au Parlement ?"

Péter Márki-Zay, candidat de l'opposition hongroise :

"En fait, la Hongrie ne sera régi par l'État de droit que si nous le mettons en place. Bien sûr, nous ne considérons pas être actuellement dans les limites de l'État de droit. Nous avons un procureur général qui ne lutte pas contre la corruption mais qui couvre les criminels. Nous avons un procureur général qui s'est retranché dans le pouvoir, et pas plus tard que la semaine dernière, un amendement à la loi a encore renforcé cela, et nous considérons certainement que sa nomination, par exemple, est illégitime, car elle a servi à maintenir le Fidesz au pouvoir, comme beaucoup d'autres mesures. Même dans le cadre de la constitution hongroise actuelle, sans parler de l'ancienne, la recherche d'un pouvoir exclusif est inconstitutionnelle".

"Le Fidesz a fait dérailler l'État de droit"

Gábor Tanacs, Euronews :

"Ce que vous dites, c'est que cette constitution peut être annulée, même si vous n'obtenez qu'une majorité simple au parlement. Dans ce cas, cela pourrait conduire à une situation de guerre civile, selon de nombreuses personnes. N'êtes-vous pas inquiet à ce sujet et quelle est votre réponse à ces préoccupations ?"

Péter Márki-Zay, candidat de l'opposition hongroise :

"Tout d'abord, le fait que quelque chose soit légal ou illégal n'a rien à voir avec la guerre civile. Car lorsque le Fidesz a piraté la démocratie hongroise et fait dérailler l'État de droit en Hongrie, il n'y a pas eu de guerre civile. Une menace de guerre civile ne peut pas être le sujet de la discussion que nous devons avoir sur l'État de droit. Et bien sûr, personne ne veut passer outre les règles de la majorité des deux tiers (majorité constitutionnelle). Il suffit de déclarer que ces lois sont invalides à partir du moment où elles sont adoptées, ce qu'une Cour constitutionnelle entièrement composée de personnes nommées par le Fidesz a oublié de dire".

Gábor Tanacs, Euronews :

"Le pays est encore très divisé sur cette question, et si la moitié du pays est appelée à descendre dans la rue, cela ne risque-t-il pas de causer plus de problèmes qu'il n'y en a déjà ?"

Péter Márki-Zay, candidat de l'opposition hongroise :

"Si on me demande cela, est-ce que cela veut dire que nous ne devons pas rétablir la liberté de la presse, restaurer la démocratie, évincer les voleurs ? Le fait que quelqu'un ait peur que le Fidesz veuille rester au pouvoir par des moyens violents ne doit pas être une raison pour nous d'accepter un pouvoir totalement illégitime en Hongrie".

"Avec le soutien de toute l'opposition nous pouvons vaincre le Fidesz"

Gábor Tanacs, Euronews :

"Vous ne voyez aucune difficulté dans le fait que la grande majorité de vos électeurs seront des gens de gauche et des libéraux, alors que vous êtes un homme politique conservateur de droite. Comment pouvez-vous maintenir cette alliance jusqu'aux élections ?"

Péter Márki-Zay, candidat de l'opposition hongroise :

"L'innovation stratégique la plus importante est précisément celle-ci. J'ai pu gagner à Hódmezővásárhely, et la majorité de mes partisans dans cette ville sont des gens de gauche, ils ont également accepté et expérimenté à plusieurs reprises que si, avec le soutien de toute l'opposition de droite et de gauche, nous pouvons présenter quelqu'un qui offre une alternative acceptable et crédible même aux électeurs de droite et aux anciens électeurs du Fidesz, nous pouvons vaincre le Fidesz".

Gábor Tanacs, Euronews :

"L'un des enjeux européens et internationaux pour Viktor Orbán est l’immigration et le rejet d'une politique migratoire commune. Quelle est votre position sur cette question ?"

Péter Márki-Zay, candidat de l'opposition hongroise :

"Le Fidesz tente souvent de discréditer ses opposants et d'en faire la cible de la haine en affirmant qu'ils veulent tous accueillir des migrants, ce qui n'est clairement pas le cas. Aujourd'hui, les partis d'opposition sont d'accords pour dire qu’il faut maintenir la clôture frontalière, que c’est un outil légitime pour contrôler l'immigration illégale.

Malgré les campagnes de haine de Viktor Orbán contre les migrants - que nous devons clairement rejeter - le nombre de migrants admis n’a jamais augmenté aussi vite. Rien qu'en 2019, 55 000 migrants extracommunautaires ont reçu des permis de séjour. Mais il est particulièrement scandaleux pour nous, et le nouveau gouvernement va immédiatement revoir cela, que l'entourage d'Orbán et de son bras droit aient accordé 20 000 permis de séjour à des migrants dans le cadre d'un programme de réinstallation, et parmi eux il y a des terroristes islamistes ou des criminels recherchés au niveau international.

Les pratiques d'Orbán doivent être stoppées et modifiées dans les deux sens : pas de campagnes de haine, pas de conditions inhumaines pour les personnes et les familles pour quelque raison que ce soit, mais en même temps, les criminels et les terroristes qu'Orbán a accueillis doivent être expulsés du pays et de l'UE".

Gábor Tanacs, Euronews :

"Quelle serait votre relation avec la Chine et la Russie ?"

Péter Márki-Zay, candidat de l'opposition hongroise :

"D’un côté, l'amitié et la fraternité, ça ne fait aucun doute. D'autre part, il ne fait aucun doute que les pays occidentaux ou les États-Unis ont en effet des relations commerciales avec ces pays. La grande différence, c’est que ces pays poursuivent leurs propres intérêts nationaux dans ces relations commerciales, tandis que Viktor Orbán ne s'intéresse qu'à la corruption lorsqu'il poursuit ses relations et il trahit son pays et l'Union européenne.

Ce dont nous avons besoin, c'est d'un dirigeant honnête et intègre, non seulement pour notre pays, mais aussi pour l'Union européenne, qui ne trahira pas l'Union européenne et l'OTAN pour faire plaisir à Vladimir Poutine".

Gábor Tanacs, Euronews :

"Il y a d'autres histoires similaires dans la région, comme celle de Klaus Iohannis qui est devenu président de la Roumanie alors qu’il était un outsider, ou celle du Premier ministre slovaque. Mais je pourrais aussi parler d'Emmanuel Macron, qui a réussi à créer un grand parti du centre en France. Les suivez-vous et y en a-t-il un parmi eux que vous considérez comme un modèle ?"

Péter Márki-Zay, candidat de l'opposition hongroise :

"Nous les suivons tous, nous sommes extrêmement fiers lorsqu'un dirigeant autoritaire ou corrompu tombe dans n'importe quel pays d'Europe. Mais il faut voir qu'aucun de ces exemples n'est né dans un régime autoritaire comme celui d'Orbán, où la liberté de la presse a été pratiquement éliminée, où le pouvoir judiciaire a été complètement subordonné à des fins politiques et où, par exemple, une loi électorale peut être réécrite en un jour, où un seul parti a fait passer la loi électorale et la constitution, où un seul parti a des représentants à la cour constitutionnelle ou au conseil des médias. Ce que nous voyons ici est tellement autoritaire, tellement construit sur des campagnes de propagande de haine, qu'il sera beaucoup plus difficile de gagner".