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"Le Sida reste une pandémie" selon l'Onusida

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Par Euronews  avec AFP
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Archive - Une enfant se fait tester pour le VIH au Pakistan - 2019
Archive - Une enfant se fait tester pour le VIH au Pakistan - 2019   -   Tous droits réservés  Ritwan Tabassum / AFP or licensors   -   USUNTV

Les courbes des infections au VIH ne baissent pas assez rapidement pour atteindre l'objectif d'une éradication de la maladie d'ici à 2030, alerte dans un rapport l'organisation de l'ONU chargée de la lutte contre le sida (Onusida).

Publié deux jours avant la journée mondiale de lutte contre le sida, Onusida rappelle avoir proposé l'an dernier de nouveaux objectifs pour 2025, notamment un accès à des options de prévention appropriées (préservatifs, médicaments...) pour 95 % des personnes à risque et marginalisées.

Ce afin de "se mettre sur la bonne voie pour atteindre l'objectif mondial de mettre fin au sida d'ici à 2030".

Les "actions convenues ne sont pas menées à la vitesse et à l'échelle requises", selon le rapport. "Et les courbes des infections au VIH ne reculent pas assez vite".

Or "il n'y a pas de temps à perdre", d'autant que les systèmes de soin dans le monde ont été et sont encore mis à rude épreuve par l'épidémie de coronavirus.

La pandémie de sida pourrait tuer des millions de personnes dans les années à venir si nous n'agissons pas dans l'urgence.
Onusida
Nations Unies

Le rythme du dépistage du VIH a diminué presque uniformément dans le monde, en raison de cette pandémie de Covid-19, ajoute l'ONU.

En outre, les inégalités subsistent. Par exemple, "en Afrique subsaharienne, les adolescentes et les femmes sont encore bien plus nombreuses que les hommes et les garçons parmi les personnes qui contractent l'infection", relève l'ONU, en soulignant que "la pauvreté et le manque de scolarisation sont d'autres redoutables obstacles aux services de santé".

"La pandémie de sida pourrait tuer des millions de personnes dans les années à venir si nous n'agissons pas dans l'urgence", avertit l'ONU.

L'Onusida chiffre à 7,7 millions le nombre de décès qui pourraient être liés au sida entre 2021 et 2030 si la couverture des services de prévention et des traitements restait aux niveaux de 2019.

En revanche, si la stratégie mondiale de lutte contre le sida était exécutée et les objectifs de 2025 atteints, l'Onusida estime qu'au moins 4,6 millions de ces vies peuvent être sauvées au cours de la décennie.

Toujours pas de vaccin contre le Sida

Plusieurs vaccins contre le Covid-19 trouvés en quelques mois, aucun contre le sida après des années de recherche : comment expliquer un tel écart ? Par la nature du VIH, difficile à neutraliser, même si des essais continuent pour en venir enfin à bout.

Investissements colossaux, procédures accélérées et pistes innovantes de recherche - en réalité en développement depuis des décennies - ont permis l'an dernier à différents vaccins contre le coronavirus de voir le jour en un temps record.

Force est de constater que la lutte contre le VIH n'a pas connu le même destin. Et malgré de formidables progrès pour le traiter, il tue encore : 680 000 personnes dans le monde en 2020.

Depuis sa découverte en 1983, la recherche d'un vaccin contre le virus de l'immunodéficience humaine (VIH), qui a pour caractéristique d'affaiblir le système immunitaire, n'a pourtant pas flanché.

Mais ce virus s'avère, par sa nature, particulièrement complexe à décimer, soulignent les chercheurs.

Le VIH "infecte les cellules du système immunitaire" dans l'ADN desquelles il intègre son matériel génétique, explique à l'AFP le Pr Olivier Schwartz, directeur unité virus et immunité à l'Institut Pasteur.

Cela le rend beaucoup plus difficile à cibler car ces cellules immunitaires, quand elles ne sont pas sollicitées, traversent des phases dormantes pendant lesquelles le virus passe sous les radars.

Ainsi, alors qu'une première infection contre le SARS-CoV2 – dont on guérit dans la plupart des cas naturellement – permet d'acquérir une immunité, ce n'est pas le cas avec le VIH.

Mutations incessantes du VIH

En second lieu, sa variabilité est sans commune mesure avec celle du coronavirus : il "mute beaucoup plus facilement", il est donc "plus difficile de générer des anticorps à large spectre qui pourraient bloquer l'infection", souligne le Pr Schwartz.

Or "on sait vacciner contre un variant assez rapidement, mais pas quand un virus mute trop", souligne Nicolas Manel, directeur de recherche à l'Inserm, chef d'équipe à l'Institut Curie.

Récemment, l'essai d'un vaccin en Afrique sub-saharienne, qui devait protéger contre plusieurs variants du VIH, a pris fin en raison d'une efficacité jugée insuffisante.

Pour trouver un vaccin, il faudra que ce soit "un choix majeur, mais le marché est aujourd'hui très faible pour les groupes pharmaceutiques. On déplore un manque d'investissement criant sur cette question", relève aussi M. Manel. "De nombreux chercheurs sont très motivés mais ils font avec les moyens du bord".

Mettre au point un vaccin reste pourtant a priori la seule manière d'éradiquer totalement le virus, avec lequel vivent encore près de 38 millions de personnes dans le monde.

Certes, pour traiter le sida, "on dispose aujourd'hui d'une boîte immunitaire : une trithérapie qui marche merveilleusement bien et des médicaments pouvant prévenir la maladie", rappelle Monsef Benkirane, directeur de recherche à l'Institut de génétique humaine au CNRS.

"Mais au-delà de l'accès au traitement, il reste un problème d'adhésion à celui-ci, y compris en Europe", tempère-t-il.

ARN Messager

Plusieurs dizaines de vaccin sont actuellement à l'étude. L'un d'eux, lancé cet été par le laboratoire Moderna, est basé sur la technologie de l'ARN messager qui a fait le succès de son vaccin contre le Covid.

"L'utilisation de cette technologie est une nouvelle porte qui s'ouvre, pleine d'espoir pour des virus comme le VIH", veut croire le Pr Gilles Pialoux, chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Tenon, spécialiste du sida.

Les résultats définitifs ne devraient toutefois pas être connus avant plusieurs années.

"On n'a jamais autant appris sur le système immunitaire que ces dernières années", se félicite Serawit Bruck-Landais, directrice des programmes scientifiques et médicaux de Sidaction. "De là à dire qu'on pourra rapidement mettre au point un vaccin, ce serait beaucoup s'avancer", ajoute-t-elle.

Si l'épidémie de coronavirus a eu un impact très négatif sur la lutte contre le sida en perturbant gravement l'accès aux systèmes de santé, aux dépistages et aux traitements dans de nombreux pays, les chercheurs espèrent toutefois qu'elle permettra aussi des avancées, y compris sur le plan vaccinal.

"On n'a jamais autant parlé de santé, de maladies infectieuses, de l'effort collectif nécessaire pour lutter contre une pandémie globale", souligne Serawit Bruck-Landais.