Le groupe écologiste Extinction Rebellion laisse tomber (temporairement) la colle et les menottes

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Par Margaux Racaniere
Un manifestant d'Extinction Rebellion avec sa main collée à l'exterieur de la Bourse de Londres. 25 avril 2019
Un manifestant d'Extinction Rebellion avec sa main collée à l'exterieur de la Bourse de Londres. 25 avril 2019   -   Tous droits réservés  Matt Dunham/Copyright 2019 The AP. All rights reserved.

Ce samedi 31 décembre, l’organisation militante écologiste Extinction Rebellion a annoncé que sa branche britannique allait renoncer pendant quelques mois aux actions de désobéissance civile. À la place, l'association veut concentrer ses efforts sur l’organisation d’une grande manifestation le 21 avril, durant laquelle ils espèrent rassembler 100 000 personnes.

Depuis sa création en 2018 au Royaume-Uni, le groupe écologiste Extinction Rebellion a généré beaucoup d’attention médiatique. Le mouvement promettait une forme d’activisme radical, la désobéissance civile, pour attirer l’attention sur l’urgence climatique. Blocage de multiples ponts londoniens, occupation de la place Oxford Circus, activistes collés à de nombreux monuments, le groupe au logo de sablier a su faire parler de lui.

Mais en cette veille de nouvel an, la branche britannique du groupe a annoncé renoncer à son mode d'action historique. "WE QUIT" ont-ils annoncé sur leur compte Twitter. Le Groupe renonce pendant quelque mois aux blocages de routes et autres enchaînements aux bâtiments.

Pourquoi renoncer à la désobéissance civile ?

D’après le communiqué d’Extinction Rebellion UK, les conditions n'ont "jamais été aussi favorables". Entre la crise énergétique et l’inflation, les insatisfactions se multiplient dans le pays. L’organisation espère que les différents mouvements peuvent s’allier pour renverser un pouvoir "qui garde l’argent et le pouvoir pour lui aux dépends des gens ordinaires".

Un sondage, réalisé par Omnisis en octobre 2022 sur un échantillon de 1382 personnes au Royaume-Uni a de plus estimé que 68% de la population britannique soutient "les actions non-violentes entreprises pour protéger la nature au Royaume-Uni".

Une partie de l’explication peut aussi demeurer dans le durcissement de la politique britannique vis-à-vis des activistes du climat. Un nouveau projet de loi sur "l'ordre public" a été adopté en troisième lecture par la chambre des communes britannique, et devrait prochainement être adopté par la chambre des Lords. Il vise à pénaliser plus durement les modes d'actions utilisés par les mouvements écologistes radicaux. Le fait de s'enchainer à un bâtiment pourrait entraîner une peine jusqu'à un an de prison (51 semaines).

Frank Augstein/AP
Un militant d'Extinction Rebellion enchaîné au palais de Westminster, peu de temps avant d'être arrêté par la police.Frank Augstein/AP

"Cette année, nous donnons la priorité à la présence plutôt qu'à l'arrestation et aux relations plutôt qu'aux barrages routiers, en nous unissant et en devenant impossibles à ignorer" précise le groupe.

Les actions "choc" pour le climat ne sont pas prêtes de s'arrêter en Europe

La décision d'Extinction Rebellion UK n’est pas transposable aux autres branches du mouvement en Europe. Contactée par Euronews, la porte-parole du mouvement en Allemagne, Annemarie Bitzke, confirme : "Nous allons continuer nos actions de désobéissance". En France, difficile d’obtenir une réponse unique étant donné le fonctionnement très décentralisé du mouvement. Pour l'instant, renoncer à la désobéissance civile ne semble pas être au programme.  

En dehors d'Extinction Rebellion lui-même, de nombreux mouvements ont vu le jour depuis 2021 et ont multiplié les actions choc. Au Royaume-Uni, le groupe Just Stop Oil, qui lutte contre les énergies fossiles, s'est notamment fait remarquer en lançant de la soupe à la tomate sur les "Tournesols" de Vincent van Gogh en octobre. Le groupe italien "Ultima Generazione" a également visé plusieurs œuvres d'art, dont le Printemps de Botticelli en juillet. Rassemblés dans le groupement international A22, des groupes similaires existent en Allemagne (Letzte Generazion), en France (Dernière Rénovation) Återställ Våtmarker, en Suède, et Renovate en Suisse. 

La plupart de ces groupes ont été fondés par des anciens d'Extinction Rebellion. Just Stop Oil a par exemple été créé par le co-fondateur d'XR au Royaume-Uni, Roger Hallam.