Une Ukraine européenne est le "rejet le plus clair possible" de l'impérialisme russe

"Aucun d'entre nous ne souhaite revenir à l'époque où la loi de la jungle régnait en Europe", a déclaré le chancelier allemand Olaf Scholz devant le Parlement européen
"Aucun d'entre nous ne souhaite revenir à l'époque où la loi de la jungle régnait en Europe", a déclaré le chancelier allemand Olaf Scholz devant le Parlement européen Tous droits réservés Eric VIDAL/ European Union 2023 - Source : EP
Par Jorge LiboreiroGrégoire Lory
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Lors d’un discours mardi devant le Parlement européen à Strasbourg, le chancelier allemand a plaidé en faveur d'une Union européenne géopolitique, réformée et élargie.

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Une Ukraine prospère et démocratique, pleinement ancrée dans le projet européen, représente le "rejet le plus clair possible" des politiques "impériales, révisionnistes et illégales" menées par le président russe. Les propos, mardi devant le Parlement européen, du chancelier allemand Olaf Scholz sont clairs.

"Les Ukrainiens paient de leur vie les illusions de leur puissant voisin", souligne Olaf Scholz.

"Aucun d'entre nous ne souhaite revenir à l'époque où la loi de la jungle régnait en Europe, où les petits pays devaient s'incliner devant les grands, où la liberté était le privilège de quelques-uns plutôt qu'un droit fondamental pour tous".

Dans son discours, le chancelier a défendu avec détermination l'Union européenne qu'il considère comme l'antidote le plus efficace contre ce qu'il appelle les "fantasmes de grande puissance nationale" et la "mégalomanie impérialiste" qui ont entaché l'histoire du continent.

C'est grâce à l'UE que la guerre entre les États membres est devenue "inimaginable", souligne-t-il.

Les propos d’Olaf Scholz ont servi de réplique aux événements qui se déroulaient simultanément à Moscou. Le président russe célébrait le défilé militaire organisé à l'occasion du Jour de la victoire. Vladimir Poutine a une nouvelle fois dénoncé les alliés occidentaux, conformément à son interprétation de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine qu'il a lui-même lancée.

"Une véritable guerre a été déclenchée contre notre patrie", a déclaré le dirigeant russe.

Le chancelier allemand a rapidement répondu.

"Ne nous laissons pas intimider par une telle démonstration de force ! Restons fermes dans notre soutien à l'Ukraine, aussi longtemps que cela sera nécessaire", a soutenu Olaf Scholz.

"C'est pourquoi le message de ce 9 mai n'est pas ce qui vient de Moscou aujourd'hui, mais notre message : le passé ne triomphera pas de l'avenir. Et l'avenir, notre avenir, c'est l'Union européenne".

Le chancelier a souligné que la promesse d'adhésion faite par l'Union à l'Ukraine, à la Moldavie, à la Géorgie et aux Balkans occidentaux n'était pas une question d'"altruisme", mais plutôt une question de "crédibilité et de bon sens économique" qui doit être à la hauteur des attentes élevées qu'elle suscite. Dans le cas contraire, l’UE finira par perdre son "influence et son charisme", ce qui videra de son sens le processus d'élargissement.

"Nous avons opté pour une Europe plus grande", a-t-il précisé. "Il s'agit de garantir une paix durable en Europe après le moment décisif créé par la guerre d'agression de la Russie".

Olaf Scholz a toutefois souligné qu'il ne serait pas possible de faire passer l'Union de près de 450 millions de citoyens aujourd'hui à plus de 500 millions après un éventuel l'élargissement à l'Est qu'après une réforme interne du mode de fonctionnement de l'UE.

"Une UE élargie doit être une UE réformée. Il est évident que l'élargissement ne doit pas être notre seule raison de réformer, mais il doit être notre point de départ", souligne-t-il.

Le monde de demain

Le thème des réformes a occupé une place prépondérante dans le discours du chancelier.

Reprenant certaines des propositions qu'il avait formulées l'année dernière à Prague, Olaf Scholz a appelé à des changements dans plusieurs domaines clés de la politique européenne qui, selon lui, permettront à l'Union d'être mieux préparée à relever les nombreux défis du "monde multipolaire" du XXIe siècle.

"Nous avons besoin d'une UE géopolitique, d'une UE élargie et réformée et, enfin, d'une UE ouverte sur l'avenir".

En ce qui concerne le commerce, le chancelier allemand veut donner un nouvel élan aux négociations et conclure de nouveaux accords de libre-échange avec le Mercosur, le Mexique, l'Inde, l'Indonésie et le Kenya, entre autres. Ces négociations sont actuellement dans l'impasse en raison des divergences politiques et économiques entre les États membres.

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En ce qui concerne la politique étrangère et la fiscalité, le chancelier demande que l'on passe progressivement de l'unanimité à la majorité qualifiée.

"Aux sceptiques, je voudrais dire : ce n'est pas l'unanimité, ce n'est pas l'approbation à 100 % de toutes les décisions qui crée la plus grande légitimité démocratique possible", précise le dirigeant allemand.

"Au contraire ! C'est précisément la recherche de majorités et d'alliances qui nous distingue en tant que démocrates. La recherche de compromis qui tiennent également compte des intérêts de la minorité - voilà ce qui reflète notre conception de la démocratie libérale".

Sur la question migratoire, Olaf Scholz suggère que l'Union reconnaisse son besoin urgent de travailleurs supplémentaires et s'engage avec d'autres pays de manière à ce que "toutes les parties y trouvent leur compte".

"Nous avons besoin d'une solution qui soit à la hauteur de la solidarité européenne. Mais nous ne pouvons pas attendre que cette solidarité apparaisse devant nous comme le Saint-Esprit", estime le chancelier.

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En ce qui concerne la Chine, le dirigeant allemand admet que Pékin est devenu davantage un rival et un concurrent qu'un partenaire, mais il refuse une rupture nette des relations.

"Je suis d'accord avec Ursula von der Leyen lorsqu'elle dit : pas de découplage, mais un découplage intelligent", juge-t-il, en faisant référence à un récent discours de la présidente de la Commission européenne.

Tirant les leçons des crises successives auxquelles l'Union européenne a été confrontée ces dernières années, Olaf Scholz encourage l'UE à rester unie, ouverte et coopérative, sans céder à la nostalgie des gloires passées ni succomber aux prophéties d'un déclin irréversible de l'Europe.

"Nous devons veiller à ce que l'Europe occupe une place appropriée dans le monde de demain", prévient le chancelier.

"Une place qui n'est ni plus ni moins grande que celle d'autres pays et régions, mais sur un pied d'égalité avec les autres, côte à côte".

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