Le monde sur une trajectoire de réchauffement catastrophique, + 2,9 °C alerte l'ONU

Une forêt brûle près du village de Sykorrahi, près de la ville d'Alexandroupolis, dans la région d'Evros, au nord-est de la Grèce, août 2023.
Une forêt brûle près du village de Sykorrahi, près de la ville d'Alexandroupolis, dans la région d'Evros, au nord-est de la Grèce, août 2023. Tous droits réservés AP Photo/Achilleas Chiras
Par Rosie FrostAFP
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Cet article a été initialement publié en anglais

Les engagements climatiques pris par les pays du monde entier placent la planète sur une trajectoire de réchauffement catastrophique allant jusqu'à 2,9°C au cours de ce siècle, alerte lundi l'ONU.

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Un nouveau rapport du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), indique que les engagements climatiques pris par les pays du monde entier placent la planète sur une trajectoire de réchauffement catastrophique allant jusqu'à 2,9°C au cours de ce siècle, bien au-delà des limites fixées par la communauté internationale. 

La mise en œuvre des engagements climatiques actuels pris par les pays du monde entier ne permettra de contenir la hausse qu'à 2,9°C en tenant compte de leurs promesses inconditionnelles pour le futur - qui ne sont soumises à aucune condition de soutien extérieur - selon ce rapport publié juste avant le début des grandes négociations sur le climat à Dubaï dans le cadre de la COP28, qui débute le 30 novembre 2023. 

Ce chiffre serait ramené à 2,5°C en intégrant leurs engagements conditionnels (par exemple conditionnés à l'obtention de financements ou à des efforts d'autres pays).

Les émissions mondiales de gaz à effet de serre doivent être réduites de 28 % pour ne pas dépasser les 2 °C et de 42 % pour ne pas dépasser la limite de 1,5 °C. Pour ce faire, les efforts d'atténuation doivent être considérablement renforcés au cours de la présente décennie.

"Le rapport d'aujourd'hui sur le déficit d'émissions montre que si rien ne change, en 2030, les émissions seront supérieures de 22 gigatonnes à ce que permettra la limite de 1,5 degré", assure le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.

"C'est à peu près le total des émissions annuelles actuelles des États-Unis, de la Chine et de l'Union européenne réunies".

2023 a été une année record

Selon le PNUE, les émissions mondiales de gaz à effet de serre atteignent des sommets inégalés après une augmentation de 1,2 %, l'année dernière.

Ces émissions record sont à l'origine de températures record.

Jusqu'au début du mois d'octobre, des températures moyennes supérieures de plus de 1,5 °C aux niveaux préindustriels ont été enregistrées, pendant 86 jours.

Le mois de septembre a été le plus chaud jamais enregistré, avec des températures moyennes mondiales dépassant de 1,8 °C les niveaux préindustriels.

Selon le service Copernicus sur le changement climatique de l'UE, les températures moyennes mondiales ont probablement franchi la semaine dernière, le seuil critique de 2 °C au-dessus des niveaux préindustriels.

Ces températures moyennes doivent toutefois être maintenues sur une plus longue période pour que les limites officielles, telles que celles fixées dans l'accord de Paris, soient franchies.

" Cette année, nous avons vu un nombre effroyable de records et d'extrêmes en termes de chaleur, en termes d'incendies de forêt et en termes d'établissement de nouveaux records de température mondiale ", explique Anne Olhoff, rédactrice scientifique en chef du rapport, à Euronews Green.

"Mais tout ce que nous voyons aujourd'hui sera comme un murmure alors que ce que nous verrons à l'avenir sera un rugissement", ajoute Anne Olhoff. 

Les habitants d'une communauté de l'État d'Amazonas transportent de la nourriture et des récipients d'eau potable distribués en raison de la sécheresse et de la chaleur
Les habitants d'une communauté de l'État d'Amazonas transportent de la nourriture et des récipients d'eau potable distribués en raison de la sécheresse et de la chaleurAP Photo /Edmar Barros

L'accord de Paris a-t-il fait une différence en matière d'émissions ?

Ces sombres perspectives illustrent aussi le risque de dépasser très largement les objectifs de l'accord de Paris de 2015, qui ambitionne de conserver l'augmentation de la température moyenne mondiale "bien en dessous de 2°C" et de poursuivre les efforts pour la limiter à 1,5°C.

Des progrès ont, toutefois, été réalisés, depuis l'accord de Paris. Avec les politiques en place à l'époque, le PNUE prévoyait une augmentation de 16 % des émissions d'ici à 2030. Aujourd'hui, l'augmentation prévue est de 3 %.

"Je pense que nous avons constaté des progrès, je ne dis pas qu'il ne s'est rien passé", affirme Anne Olhoff.

"Mais c'est vraiment maintenant ou jamais si l'on veut au moins maintenir en vie la possibilité de limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré", met-elle en garde. 

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"De grandes opportunités de réduire les émissions ont été perdues ces dernières années", ajoute-t-elle. 

Alors que la guerre en Ukraine et la crise énergétique qui en a résulté ont poussé certains pays à adopter des solutions vertes. D'autres en ont profité pour ouvrir de nouvelles prospections pétrolières et gazières ou pour prolonger la durée de vie des mines de charbon.

Selon Anne Olhoff, l'un des principaux obstacles à la réduction des émissions est "l'absence de leadership mondial".

Un manque de leadership mondial

Si les efforts d'atténuation déployés dans le cadre des politiques actuelles se poursuivent comme ils le font aujourd'hui, le réchauffement de la planète ne sera limité qu'à 3 °C au-dessus des niveaux préindustriels.  L'ONU appelle donc les Etats à renforcer leurs engagements, qui sont formalisés tous les cinq ans sous la forme de "contribution déterminée au niveau national" (CDN, en anglais) par les 195 signataires de l'accord de Paris de 2015.

Aucune des 20 plus grandes économies du monde ne réduit ses émissions à un rythme compatible avec ses objectifs de réduction nette à zéro.

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 Selon le Programme des Nations Unies pour l'environnement, même dans le scénario le plus optimiste, la probabilité de limiter le réchauffement à 1,5 °C n'est que de 14 %.

Le rapport montre que le fossé des émissions "ressemble davantage à un canyon d'émissions", ajoute Antonio Guterres. "Un canyon jonché de promesses non tenues, de vies brisées et de records non respectés", précise-t-il. 

"Il s'agit là d'un manque de leadership, d'une trahison à l'égard des personnes vulnérables et d'une énorme occasion manquée".

Plutôt que de se concentrer uniquement sur des objectifs plus ambitieux pour 2035, Anne Olhoff estime qu'il faut prendre des mesures plus ambitieuses pour réduire les émissions, avant la fin de la décennie.

"Tout d'abord, si nous ne le faisons pas, nous pouvons dire adieu à 1,5 degré", confie Anne Olhoff. 

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Les émissions n'ont pas encore atteint leur maximum et les politiques climatiques actuelles ressemblent davantage à un plateau. Toutefois, la plupart des pays ont la possibilité de réduire considérablement leurs émissions et de mettre fin aux subventions accordées aux combustibles fossiles, par exemple.

Atteindre le pic des émissions devrait être la "partie facile de la courbe", estime Anne Olhoff, mais réduire les 10, 20 ou même 30 % restants sera sans doute beaucoup plus difficile.

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