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Présidentielle française : pourquoi de nombreux jeunes ont-ils fait le choix de s'abstenir?

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Par Lauren Chadwick
Des affiches électorales déchirées d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, à Lyon, 22 avril
Des affiches électorales déchirées d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, à Lyon, 22 avril   -   Tous droits réservés  Laurent Cipriani / AP

Gaspard Hermann, un jeune cordiste de 24 ans, fait partie des nombreux jeunes français qui ont décidé de s’abstenir pour l'élection présidentielle.

Selon les chiffres de plusieurs instituts de sondages, chez les 18-34 ans l'abstention au premier tour a grimpé à plus de 40%, contre 26% pour l'ensemble de la population.

Gaspard explique à Euronews que l'une des raisons pour lesquelles il ne veut pas voter, est que les Français sont souvent obligés de voter contre un candidat, au lieu d'élire un candidat qu'ils soutiennent vraiment.

C'est une préoccupation largement partagée parmi ceux qui se rendront aux urnes le dimanche 24 avril pour choisir entre la candidate d'extrême droite Marine Le Pen et le président sortant Emmanuel Macron.

Selon le sondage d'Ipsos-Sopra Steria publié ce mercredi, le taux d'abstention pour le second tour serait de 27% , alors que 13% disent être encore indécis.

Plusieurs des candidats ayant été éliminés au premier tour ont appelé à voter pour Emmanuel Macron afin d'"empêcher l'extrême droite" de diriger le pays, et ce malgré des désaccords.

Compte tenu, du faible écart entre les deux candidats, le report des voix sera incontestablement décisif pour remporter la présidentielle.

Le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, arrivé troisième avec près de 22%, a clairement demandé à ses partisans "de ne pas voter pour Marine Le Pen, et de ne pas s'abstenir", sans pour autant préciser s'il voterait pour Macron. 

Comment expliquer l'abstention ?

Certains jeunes abstentionnistes justifient leur choix par "le manque de représentativité" du système politique français.

"Je ne me reconnais pas dans le système présidentiel actuel, ni dans son fonctionnement, et en particulier dans la non-prise en compte de l'abstention et des votes blancs, ou dans le choix des candidats", déclare Louise, une jeune femme de 28 ans.

Elle a préféré que son nom de famille ne soit pas utilisé, car elle travaille dans l'administration publique.

"Je ne voterai pas au second tour, je ne veux pas choisir entre la peste et le choléra", poursuit Louise.

En France, le taux de participation est historiquement plus élevé lors des élections nationales. Mais cette année avec 26,3%, les chiffres d'abstention au premier tour étaient supérieurs à ceux de 2017 (22%). Il s'agit du deuxième taux d'abstention le plus élevé, après celui de 2002 (28,4%).

"Le taux d'abstention en France était plus élevé qu'en 2017 ", dit Tristan Haute, maître de conférences en sciences politiques à l'Université de Lille. Mais, selon lui, cela aurait pu être pire étant donné la pandémie de COVID-19 et la guerre en Ukraine qui ont beaucoup impacté la campagne.

Selon un sondage Ipsos réalisé après le premier tour, chez les jeunes de 25 à 34 ans, le taux d'abstention était de 46 %, alors qu'avec 42% le nombre d’abstentionnistes était plus faible chez les plus jeunes (18-24 ans).

"Pour les jeunes générations, le rapport au vote est différent, il est plus ponctuel. Le vote est perçu comme une pratique de participation moins efficace", explique M.Haute, ajoutant qu'il y a toujours de multiples facteurs pour l'expliquer.

"Vous avez des gens qui ne se sentent pas légitimes politiquement, qui ne vont pas voter parce qu'ils ne se sentent pas représentés, ou ceux qui ne se sentent pas compétents politiquement pour donner leur avis", poursuit le chercheur.

Abstention plus élevée chez les ouvriers

L'abstention est également plus élevée dans la classe ouvrière. Selon Haute, plus un électeur est confronté à des emplois précaires et au chômage, plus il va s'abstenir. Il y a un lien entre l'exclusion sociale et l'exclusion politique.

Selon Gaspard, le jeune cordiste, comme aucun dirigeant ne fait de travail manuel comme lui et ses amis, ils ne pourront pas le comprendre.

G.Hermann
Gaspard HermannG.Hermann

Il estime que la plupart des responsables politiques "font les mêmes études et ne savent pas ce que c'est que de devoir travailler tous les jours pour gagner leur vie."

Il est également furieux contre les décideurs politiques qui ne tiennent pas leurs promesses.

Maxime Bricaud, un charpentier de 21 ans, partage le même avis que Hermann, pour lui les classes populaires sont encore une fois les oubliés.

"Les gens ne s'intéressent pas à nous, la classe ouvrière et les défavorisés. Ils font beaucoup pour les gens qui ont plus d'argent", dit-il dit, ajoutant que les jeunes ne sont pas pris au sérieux alors qu'ils sont "l'avenir du pays."

Selon lui, il n'y a pas eu beaucoup de changements en politique qui pourraient l'amener à s'y intéresser. "C'est souvent les mêmes candidats depuis déjà très longtemps" dit Maxime Bricaud.

L’écologie grande absente de l'élection

Adrien Humbert, qui travaille dans le marketing à Lyon, s'est également abstenu, mais pour des raisons différentes. Il dit ne plus croire à l'action politique ou du moins aux bienfaits de l'action politique.

euronews
Adrien Humberteuronews

Pour lui, la seule question importante est l'environnement, et les écologistes n'auront aucune chance de remporter la présidentielle.

Europe Écologie Les Verts a fini sous le seuil des 5%, ce qui signifie qu'ils doivent rembourser leurs frais de campagne.

Pour Adrien, les Français ne sont pas prêts pour les changements environnementaux qu'il pense nécessaires.

"Ce n'est pas une question politique, c'est une question de volonté personnelle... pour moi, l'action est plus individuelle et l'individu (ne) change que si on l'éduque", dit'-il.