This content is not available in your region

Quel est l'impact du changement climatique sur le corps humain?

Photomontage
Photomontage   -   Tous droits réservés  Canva
Par Lauren Crosby Medlicott  avec Euronews

Les pressions exercées par l'homme sur l'environnement font des ravages sur notre planète, mais elles constituent également une menace de plus en plus importante pour la santé. Le changement climatique est ainsi l'une des plus grandes menaces pour la santé humaine, comme le rappelaient l'année dernière plus de 200 scientifiques dans une tribune publiée dans la revue The Lancet. 

Il est donc nécessaire de traiter le changement climatique avec la même urgence que lors du combat contre la pandémie de Covid-19. Sinon, notre santé - et celle des génération future - risque d'être très impactée dans les années à venir.

Voici 10 exemples de l'impact du changement climatique sur le corps humain - certains sont prévisibles, d'autres plus inattendus.

  • Stress thermique

Les températures record vont devenir plus fréquentes au cours des prochaines décennies, à mesure que la température mondiale atteindra ou dépassera 1,5 degré Celsius. Ces vagues de chaleurs tuent déjà plusieurs millions de personnes chaque année. Combinées aux sécheresses plus fréquentes, elles provoquent aussi des incendies mortels.

Mais les canicules et les vagues de chaleur ont aussi des conséquences sur le cœur. Lorsque les températures sont élevées, la demande cardiaque l'est aussi. Le cœur doit pomper plus fort et plus vite pour redistribuer et augmenter le flux sanguin vers la peau afin de refroidir le corps. Les personnes atteintes de maladies cardiaques, dont le cœur est affaibli, sont particulièrement exposées au risque d'insuffisance cardiaque et de coup de chaleur par temps chaud, car leurs organes luttent pour fonctionner correctement avec le stress supplémentaire.

  • Perturbation du sommeil

Une étude menée en 2022 par Kelton Minor, du Centre for Social Data Science de l'université de Copenhague, révèle que la hausse des températures due au changement climatique réduit considérablement la quantité de sommeil des personnes dans le monde entier.

Kelton Minor a recueilli des données en utilisant des bracelets de suivi du sommeil sur 47 000 personnes dans 68 pays. "Le sommeil est un moment où notre corps se restaure et se répare", explique-t-il à Euronews Green. "C'est important pour notre fonctionnement et nos performances, mais aussi pour notre bien-être mental".

Mais lorsqu'il a mesuré le sommeil des participants, le chercheur a constaté que "lors des nuits plus chaudes que la moyenne, les gens dormaient moins." Ces nuits de sommeil plus courtes sur une période prolongée finissent par avoir des conséquences néfastes sur la santé.

Cependant, tout le monde n'est pas touché de la même manière par le réchauffement des températures. "Même si tout le monde est touché par ce fardeau du sommeil, les gens sont touchés de manière inégale et la plus grande partie du fardeau revient à des groupes qui, historiquement, ont été soit défavorisés, soit vulnérables à la chaleur de différentes manières", explique-t-il. Il s'agit "des personnes âgées, des femmes et des habitants des pays à faible revenu".

Paul White/Copyright 2022 The Associated Press.
Une personne recherchant la fraîcheur dans un parc de Madrid, le 12 juillet 2022.Paul White/Copyright 2022 The Associated Press.

  • Problèmes respiratoires

L'ozone est un gaz naturellement présent dans la haute atmosphère de la Terre, qui constitue un bouclier contre les rayons ultraviolets du soleil. L'ozone troposphérique, qui est dangereux pour la santé, est produit lorsque des polluants émis par des sources artificielles comme les voitures ou les usines chimiques réagissent en présence de la lumière du soleil.

On a constaté que l'augmentation de l'ozone troposphérique et des microparticules - les minuscules particules solides et liquides flottant dans l'air et produites par des sources naturelles et artificielles - entraîne une diminution de la fonction pulmonaire, en particulier si une personne est exposée à la pollution atmosphérique dans son enfance.

Les principaux problèmes résultant de la pollution atmosphérique sont : l'asthme, la rhinosinusite, la bronchopneumopathie chronique obstructive et les infections des voies respiratoires.

Lors des journées exceptionnellement chaudes, qui seront de plus en plus fréquentes dans les années à venir, les niveaux d'ozone au sol peuvent atteindre des niveaux critiques et le risque de respirer de l'air contenant de l'ozone est accru. Cela peut entraîner des troubles légers comme une toux, ou dangereux comme une difficulté à respirer et une augmentation de la fréquence des crises d'asthme.

Au Canada, une femme est devenue la première patiente au monde à être diagnostiquée comme souffrant du "changement climatique" après avoir développé des difficultés respiratoires pendant une vague de chaleur.

  • Insuffisance rénale

La déshydratation due à l'exposition à la chaleur peut endommager les reins, qui dépendent de l'eau pour aider à éliminer les déchets de notre sang sous forme d'urine.

Lorsque la déshydratation entraîne une perte excessive d'eau, l'urine contient une concentration plus élevée de minéraux et de déchets. Cela peut conduire à la formation de cristaux qui peuvent devenir des calculs rénaux, ce qui a un impact négatif sur la fonction rénale et provoque divers symptômes douloureux comme des nausées, des douleurs dans le bas du dos et des difficultés à uriner.

Chez les personnes âgées, dont les reins peuvent déjà être défaillants, la déshydratation peut être la goutte d'eau qui fait déborder le vase. On constate par ailleurs une augmentation significative des cas d'insuffisance rénale chronique dans des pays connaissant régulièrement des fortes vagues de chaleur, comme l'Inde, le Sri Lanka ou les pays d'Amérique centrale. Une étude publiée dans Biomed Central Systematic Reviews a confirmé que ces cas étaient liés à la déshydratation et le stress thermique dus au réchauffement climatique.

Manish Swarup/Copyright 2022 The Associated Press.
Un travailleur indien s'hydratant durant la vague de chaleur du mois de mai, à New Delhi.Manish Swarup/Copyright 2022 The Associated Press.

  • Aggravation des allergies

Avec l'augmentation des niveaux de CO2, qui ont crû de 9 % depuis 2005 et de 31 % depuis 1950, la quantité de pollen augmente. 

Cela entraîne une aggravation des symptômes d'allergie et de rhume des foins, tels que les éternuements, la toux, les yeux qui piquent, les maux de tête et les maux d'oreille, qui sont des facteurs étiologiques clés.

  • Maladies cardiaques et circulatoires

Lorsque les polluants atmosphériques passent dans la circulation sanguine via les poumons et atteignent le cœur, le risque de développer des maladies cardiaques et circulatoires augmente car les vaisseaux sanguins se rétrécissent et se durcissent.

Une étude réalisée en 2018 à Londres a révélé qu'avec l'augmentation de la pollution atmosphérique, les particules pénètrent dans la circulation sanguine, rendant le sang plus collant et obligeant le cœur à travailler plus dur pour pomper dans le corps.

Le résultat peut entraîner une modification de la structure du cœur, les deux chambres inférieures devenant plus grandes et plus dilatées - un changement souvent observé dans les premiers stades de l'insuffisance cardiaque.

  • Infertilité

L'un des effets les moins connus de la pollution atmosphérique est étudié par le Dr Gareth Nye, maître de conférences en anatomie et physiologie à l'université de Chester, au Royaume-Uni, qui étudie l'impact de la pollution atmosphérique sur la fertilité.

"Un article portant sur 18 000 couples en Chine a révélé que les personnes vivant avec des niveaux modérément élevés de pollution par les micro particules présentaient un risque d'infertilité supérieur de 20 %", explique Gareth Nye à Euronews Green.

Il décrit une autre étude américaine montrant comment la pollution atmosphérique a également un impact sur la maturation des ovules. "Avec jusqu'à30 % des couplesqui ont du mal à concevoir et qui n'ont aucune raison reconnue, il est plus important que jamais de considérer la pollution atmosphérique comme une cause possible."

  • Malnutrition

L'augmentation des températures s'accompagne de pénuries alimentaires. Ce phénomène est particulièrement visible dans les communautés dont les moyens de subsistance dépendent de l'agriculture et de la pêche, comme dans les pays du Sud.

La modification du régime des précipitations, l'augmentation de la température des océans et les phénomènes météorologiques extrêmes contribuent à une grave malnutrition dans le monde en développement. La malnutrition entraîne diverses complications sanitaires : maladies cardiaques, cancers, diabète et troubles de la croissance.

Et dans les pays plus développés, les pénuries alimentaires causées par le changement climatique entraîneront une flambée des prix des aliments, comme nous le constatons déjà. Les gens ne pourront s'en sortir qu'en se tournant vers des aliments pauvres en nutriments pour remplir leurs estomacs vides, ce qui pourrait entraîner l'obésité et la malnutrition en micronutriments.

Laetitia Bezain/Copyright 2020 The Associated Press.
Des enfants assis près d'un trou d'eau creusé dans le lit d'une rivière asséchée dans le village isolé de Fenoaivo, à Madagascar, mardi 11 novembre 2020Laetitia Bezain/Copyright 2020 The Associated Press.

  • La santé mentale

La santé physique n'est pas la seule à être touchée par le changement climatique. À la suite de catastrophes mondiales comme les incendies de forêt, les inondations ou les ouragans, les problèmes de santé mentale ne font qu'empirer.

Après l'ouragan Katrina en 2005, l'une des pires catastrophes de l'histoire américaine, il a été constaté qu'au moins 90 % des 8 000 patients traités à la suite de Katrina souffraient d**'anxiété à long terme**.

Si une personne est confrontée à l'insécurité alimentaire, à la perte de tous ses biens et à la mort de personnes qu'elle aime, elle souffrira sans aucun doute dans les années à venir du traumatisme qu'elle a subi, ce qui peut entraîner un syndrome de stress post-traumatique (SSPT), voire un suicide.

L'éco-anxiété est également en hausse, notamment chez les jeunes qui se sentent découragés par les perspectives de leur monde futur.

Une étude mondiale publiée en 2021 a révélé que 60 % de 10 000 jeunes issus de pays du monde entier se sentent très ou extrêmement préoccupés par le changement climatique. 56 % ont déclaré qu'ils pensaient que l'humanité était condamnée.

"Ils avaient le sentiment que leur avenir ne pouvait pas être positif, mais qu'ils ne pouvaient rien y faire", a déclaré à Euronews Green Steve Simpson, professeur de biologie marine et de changement global à l'Université de Bristol. "Ils ne pouvaient que sentir un état de déclin de la planète, mais se sentaient impuissants à avoir une influence."

  • Des microplastiques dans notre corps

Les microplastiques, de très petits morceaux de débris plastiques présents dans l'environnement, sont retrouvés dans le corps humain. En mars, on en a trouvé pour la première fois dans le sang humain - il s'agit de plastique utilisé pour fabriquer des bouteilles de boisson, des emballages et des sacs à provisions. Les scientifiques craignent que ces nanoparticules ne parviennent jusqu'à nos organes par la circulation sanguine.

D'après les recherches, les bébés ont 15 fois plus de microplastiques dans leurs selles que les adultes, probablement ingérés par les mannequins en plastique et les microplastiques présents dans les tapis.

Des recherches sont en cours pour déterminer les effets des microplastiques sur la santé humaine.