Comment la fracture numérique affecte la communauté LGBTI dans le monde

Cette nouvelle étude s'intéresse à la manière dont la fracture numérique affecte la communauté LGBTI.
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Par Pascale Davies
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Cet article a été initialement publié en anglais

Une nouvelle étude s'intéresse à la manière dont la fracture numérique affecte la communauté LGBTI.

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La fracture numérique est un "cercle vicieux" pour la communauté LGBTI dans le monde entier, selon un groupe de défense des droits.

L'Association internationale des lesbiennes, gays, bisexuels, trans et intersexes (ILGA) a publié mardi un rapport sur les disparités en matière d'accès au numérique, affirmant qu'il s'agit du premier examen mondial de l'impact de la fracture numérique sur la communauté LGBTI.

L'étude, réalisée en collaboration avec l'organisation à but non lucratif The Engine Room, a été menée en partenariat avec des représentants de l'ILGA en Amérique latine, dans les Caraïbes, en Afrique, en Europe, en Asie et en Océanie.

Accès et maîtrise des outils informatiques

Selon l'étude, les individus LGBTI qui ne disposent pas d'outils numériques adaptés pour se connecter à Internet sont privés du soutien de la communauté en ligne.

"L'accès à une communauté est ce qui donne de la force à la plupart d'entre nous. Savoir que l'on n'est pas seul et que d'autres personnes travaillent à nos côtés est fondamental", déclare un participant à l'étude en Ouganda.

"La fracture numérique touche tout le monde. Mais pour les personnes LGBTI, le problème est encore amplifié car elles font face à des obstacles bien spécifiques", avance Daniele Paletta, responsable de la communication pour l'ILGA.

Il explique à Euronews Next qu'il s'agit d'un "cercle vicieux", car ceux qui n'ont pas accès à l'éducation ou qui abandonnent l'école en raison de la discrimination n'ont souvent pas les moyens d'accéder à Internet.

Ils ont donc moins de possibilités d'accéder à l'enseignement supérieur ou à l'emploi, ce qui les rend plus susceptibles de vivre dans la pauvreté.

À titre d'exemple, aux États-Unis, 22 % des adultes LGBTI vivent dans la pauvreté contre 16 % pour les individus hétérosexuels et cisgenres. Cette situation est encore aggravée par l'ethnie, le sexe et d'autres facteurs identitaires.

Au-delà de l'accès aux outils informatiques, le rapport mentionne l'importance de l'éducation numérique, qu'il définit comme "le degré d'aisance d'une personne dans l'utilisation d'Internet, qui influe sur sa capacité à accomplir des tâches telles que l'accès aux soins de santé, le vote, la participation à des événements en ligne, la communication sur les réseaux sociaux, etc.".

L'alphabétisation est un autre aspect majeur de l'accessibilité, car c'est l'un des facteurs les plus importants qui déterminent la possession d'un téléphone portable. Au Bangladesh, par exemple, 22 % des femmes et 18 % des hommes déclarent que les difficultés à lire et à écrire sont les principales raisons pour lesquelles ils ne possèdent pas de téléphone portable.

Harcèlement et chantage

À l'heure actuelle, au moins 54 États membres des Nations unies disposent de lois qui criminalisent les actes sexuels consentis entre personnes de même sexe.

En Asie du Sud-Ouest et en Afrique du Nord, "il existe de nombreux cas de chantage et d'abus de la part de la police ou de concitoyens, via les applications de rencontre ou les réseaux sociaux", avance Daniele Paletta.

"Les réseaux sociaux sont le lieu où se produisent la plupart de ces discriminations", déclare un participant en Ouganda.

"La modération de contenu n'est pas prise au sérieux, et les personnes qui s'en chargent ne travaillent pas dans de bonnes conditions, ce qui les empêche de faire leur travail de manière efficace".

L'Observatoire européen des médias numériques (EDMO) avance dans un rapport de mai 2023 que la désinformation anti-LGBT+ est en hausse et "incite souvent à la haine contre les minorités".

Bien que certaines entreprises de réseaux sociaux modèrent leur contenu, Daniele Paletta considère qu'elles peuvent être lentes à répondre aux rapports de harcèlement.

"Parfois, on a vraiment l'impression que ces entreprises ont créé quelque chose et qu'elles ne sont pas en mesure de le contrôler", ajoute-t-il. "Il est nécessaire que les gouvernements, les ONG et les entreprises technologiques collaborent pour comprendre ce qui peut vraiment fonctionner".

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Des inégalités majeures dans le monde

L'Internet Society signale que 15 % de la population mondiale (plus d'un milliard de personnes) n'a pas les moyens d'accéder à Internet.

Le problème touche majoritairement le continent africain ; parmi les dix pays où les prix pour obtenir une connexion Internet sont les plus élevés, six se trouvent en Afrique.

Le contraste entre zones urbaines et rurales s'y fait également particulièrement sentir. Selon l'International Telecommunications Union (ITU), 57 % des populations urbaines du continent sont connectées à Internet, contre 23 % dans les zones rurales.

Se rendre dans un endroit où l'on peut accéder à Internet constitue un autre problème pour les individus LGBTI. Les participants à l'étude qui vivent dans des zones rurales affirment qu'ils s'exposent à un risque important d'agression lors de leurs déplacements.

Le rapport mentionne par ailleurs l'impact de la fracture linguistique numérique, précisant que "sur les 6 000 langues contemporaines, seules dix occupent 82 % d'InternetL'Internet Society a constaté que si l'anglais ne représente que 16 % des locuteurs mondiaux, 55 % de l'ensemble du contenu en ligne est en anglais".

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Dans de nombreux pays, l'absence de localisation linguistique peut constituer un obstacle pour les personnes LGBTI, qui peut entraver leur accès à des informations sur leurs identités et aux services communautaires.

"En Inde, il y a une grande diversité de langues parlées. Souvent, les ressources en ligne sont en anglais.Ainsi, les personnes issues de certaines communautés - comme les personnes de certaines castes, de certaines classes - ne peuvent pas accéder facilement à l'information en Inde", déclare un participant à l'étude.

Pour répondre à ces diverses lacunes, le rapport préconise d'accroître la coopération entre les groupes de défense des droits au-delà des frontières, d'améliorer l'éducation numérique et de continuer à défendre les droits des personnes LGBTI dans les pays où elles sont toujours persécutées.

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